Le complexe de la princesse

Un jour, mon prince viendra. (Blanche-Neige)

Je les ai tous lus. Sans exception. Cendrillon, La petite sirène, La Belle et la Bête, La belle au bois dormant, Peau d’âne, La princesse des cygnes, etc, etc. J’étais petite, naïve, terriblement « fille », c’est-à-dire fille rose, fille en robe, les cheveux longs, les barrettes en boucle, les bijoux, les petits collants en dentelles, les scintillants à lèvres au goût de fraise. Et je me disais qu’un jour, comme Cendrillon, Ariel, Belle, Odette, Aurore et Peau d’âne, mon prince viendrait.

Puis à 18 ans, la réalité m’a frappée en plein visage, de plein fouet. Une copine m’avait fait comprendre d’un ton rempli de désinvolture que le prince charmant, sur son cheval blanc, que j’espérais et attendais ardemment ne viendrait jamais. Franchement, je n’étais pas si naïve…

Réalité numéro 1 : Les princes n’existent pas. Si, ils existent en fait, mais aussi charmant puissent-ils être (je n’en connais pas un personnellement), leur charme ne vient certainement pas, pour la plupart d’entre eux, de leur grande beauté.

Réalité numéro 2 : Les princesses n’existent pas non plus. C’est que dans les contes, les princesses sont toujours parfaites. Et la perfection, ça n’existe pas. Tout peut être amélioré, et il y a toujours un défaut, un caprice ou un vice qui surgit de nulle part, à un moment ou à un autre, qui fait s’écrouler toute la belle histoire. C’est normal, c’est humain.

Réalité numéro 3 : Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants : c’est bien plus compliqué que ça, voyons! S’ils ont dû affronter tout au long de l’histoire une quantité incroyable d’obstacles pour finir ensemble, comment cela se fait-il qu’ils n’en rencontrent pas un seul après s’être unis pour la vie? Le couple royal ne sera-t-il jamais reproductively challenged? Le prince devenu roi n’aurait-il jamais une petite faiblesse pour une de ses servantes comme Henri VIII en a si souvent eue? Et la princesse devenue reine n’entreprendra-t-elle jamais une liaison épistolaire avec un duc, épuisée du détachement continuel de son mari à son égard? Est-ce par manque d’imagination de l’auteur? On sait tous très bien que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Un conte virtuel

Qui, en cette ère numérique, ne s’est pas déjà aventuré sur l’autoroute du courrier électronique pour rencontrer quelqu’un (le prince charmant peut-être?). Nous connaissons tous l’histoire. Je lui plais, il me plaît… virtuellement. Échangeons-nous des mails. Des mots délicieux, des constructions stylistiques romantiques, quelques citations par-ci par-là de nos auteurs préférés, des proverbes pourquoi pas.

Et embarque la cassette du conte. Sa voix doit être douce et grave, sa posture virile, son regard plein d’assurance, sa tête remplie de projets. C’est mon prince. Et lui pense que ma voix est sensuelle, mes courbes -pas trop voluptueuses- mais juste parfaites, mon regard séducteur et séduisant. Je dois me lever le matin tout sourire et bien peignée.

Puis le jour J. La débandade totale. Lui plus petit, moi trop enveloppée pour lui, lui converse bizarrement, moi le regarde me converser bizarrement, lui boit deux bières, moi serais partie après une. Un conte de fée d’un mois, des écrits romanesques pour ça. NEXT!

Pour finir

Voilà où je veux en venir. Je vous parlais d’une lecture dans mon premier billet. Ce roman, qui s’intitule « Quand souffle le vent du Nord », m’a appris deux choses. Première chose, je ne crois plus aux contes de fées. Échanger des mails avec quelqu’un pendant un an sans le rencontrer et tomber virtuellement en amour avec lui, ça ne mène à rien. Il faut voir!! Il faut toucher!! Il faut sentir!! Il faut goûter!! Une relation, pour qu’elle n’induise pas nos sentiments et notre cœur en erreur, a besoin de réalité plus que de virtualité. Parce qu’une relation virtuelle fait tous de nous des princes et des princesses. Deuxième chose, le conte de fées existe malgré tout toujours en moi et les désirs de princesse aussi. Parce que je pourrais tomber en amour avec des mots, mais l’expérience m’a appris que les mots peuvent séduire et dire n’importe quoi, et que la réalité, elle, ne trompe -malheureusement ou heureusement- pas.

Poster un commentaire

Classé dans Actualité

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s