Archives mensuelles : avril 2012

Être ou ne pas être multilingue : that is the question.

Dans une situation purement hypothétique où chaque personne, où qu’elle puisse se trouver dans le monde, aurait accès à un ordinateur et à Internet, ce blogue, s’il était rédigé en anglais, pourrait rejoindre potentiellement plus de 1,4 milliard de locuteurs anglophones, comparativement à 220 millions de locuteurs francophones. Ces chiffres excluent toutefois le nombre de personnes bilingues, qui ont une chance extraordinaire d’avoir accès à un savoir quasi-universel. Le bilinguisme, voire multilinguisme, en cette époque de mondialisation des échanges, est le plus cadeau que l’on puisse offrir à ses enfants.

Je vis dans un Québec déchiré profondément lorsque vient le temps de parler de la sensible question linguistique. La langue est un des nerfs de nos guerres depuis la première conquête en 1629, comme si une cohabitation harmonieuse était impossible. Et pourtant… Sincèrement, je ne comprends pas. I would kill to be perfectly bilingual! Le français, oui, est une langue belle, mais il l’est au même titre – désolée si ces propos blessent certains – que toutes les autres langues du monde. Qu’on se le tienne pour dit, ce qui est beau, à travers une langue, c’est que l’on réussisse à se comprendre à travers un ensemble unique de sons, de syllabes, de signes vocaux.

Et franchement, je crois que si certaines langues ne se sont jamais éteintes, c’est parce que leurs locuteurs avaient cette capacité de transmettre leur héritage linguistique à leurs descendants ou aux membres de leur entourage, de génération en génération. Ils avaient cette capacité aussi de nourrir autour d’eux ce goût de l’apprendre dans toutes ses subtilités et d’ensuite la communiquer avec fierté. Pourquoi donc rit-on souvent de ces gens qui la parlent trop bien? Pourquoi ne se dit-on pas plutôt qu’un jour nous serions si fiers de la parler ainsi, et de l’écrire toujours mieux. Cette peur de voir notre langue s’éteindre, je crois qu’elle existe non pas à cause d’un mépris et manque d’ouverture des différences culturelles mais plutôt à cause de cette peur de l’inconnu. On se replie sur soi-même. Le repliement et l’exclusion sont les causes des plus grandes pertes. Les solitudes ne sont jamais bien puissantes. C’est dans les pays du monde où il existe des ponts entre les cultures qu’il est possible de vivre dans l’harmonie et le respect.

Ma grand-mère est née aux Pays-Bas. Là-bas, dans les années 20, on enseignait aux enfants le néerlandais, l’allemand, l’anglais et le français. Huit décennies plus loin, dans le royaume, on parle toujours le néerlandais. C’est quand même extraordinaire quand on pense que ce petit état est entouré de l’Allemagne, de la Belgique et de la France. Qu’il existe 23 langues officielles dans toute l’Union européenne, dont il est membre. Il existe environ 28 millions de locuteurs néerlandais aux quatre coins du globe. Le néerlandais aurait bien pu disparaître.

Je suis fière de ma langue maternelle et je souhaiterais tellement qu’elle puisse rayonner davantage, qu’on donne le goût aux autres de l’apprendre. Mais je ne veux pas pour autant me replier sur moi-même. J’envisage mal mon avenir dans l’unilinguisme. La langue de Shakespeare me charme, elle chante à mes oreilles comme celle de Molière. Ses différents accents m’enchantent, ses mots me séduisent. Son vocabulaire est riche, si riche qu’il a influencé l’évolution d’autres langues. C’est un fait que les langues qui se côtoient se mélangent.

Je pense sincèrement que le sentiment, l’écharde douloureuse au cœur du grand débat linguistique que vit le Québec est la jalousie. Car la langue triomphante et langue des affaires – pourrait-on ainsi dire celle du pouvoir? – demeure l’anglais. Si je devais avoir des enfants un jour, je leur apprendrais à ne pas être jaloux. Je leur apprendrais avec passion et amour le français, mais je les encouragerais fortement à apprendre l’anglais, l’espagnol et toute autre langue qui pourrait susciter leur intérêt et serait susceptible de contribuer à leur donner les meilleures chances de réussir leur vie. Oui, ce serait une façon pour moi de leur ouvrir bien des portes au Québec, mais beaucoup d’autres dans le monde entier.

Ici, aujourd’hui, je souhaite être multilingue pour entendre le monde dans le creux de mes oreilles. Je ne renie pas mes racines, je construis mon avenir. Dans l’harmonie.

From Québec, with Love.

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Avril d’hiver

En cette journée d’avril des plus inspirantes, m’est venue l’envie irrésistible de revisiter un classique de Nelligan pour vous offrir une version bien à moi de Soir d’hiver. Enjoy!

Ah! comme la neige n’a pas fini de neiger!
Mon entrée est recouverte de givre.
Ah! comme la neige n’a pas fini de neiger!
Est-ce qu’il faut en rire
Quand les cèdres recommencent à geler, oui geler?

Tous les nuages pleurent l’hiver,
Les rues sont tapissées de glace noire : Où aller? Que faire?
Tous les vents soufflent l’hiver,
Le Québec est le nouveau pôle Nord.
Où la grisaille et la flotte sont comme l’ombre et le corps.

Pleurez, jambes de nylon voilées,
Au sinistre retrait des courtes culottes,
Pleurez, décolletés annonciateurs d’été,
Pleurez les manteaux, pleurez les bottes,
Aux branches de l’ormier de feuilles dénudé.

Ah! comme la neige n’a pas fini de neiger!
Mon entrée est recouverte de givre.
Ah! comme la neige n’a pas fini de neiger!
Est-ce qu’il faut en rire
Quand les cèdres recommencent à geler, geler…

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Désinformation à vitesse grand V

Je suis férue d’information. J’en mange tous les jours, avec mes céréales le matin jusque la tête sur mon oreiller le soir. Je ne prends aucune pause. Les petits tiroirs de mon cerveau débordent de contenu varié.

Je n’admettrai jamais toutefois être bien informée, et c’est ce qui explique sans doute la raison pour laquelle dans n’importe quel débat, n’importe quelle argumentation, je m’impose un devoir de réserve. Rien ne peut être coulé dans le béton. Et cela, on est à même de le constater simplement en diversifiant nos sources d’information. Quand on le fait trop, trop souvent, on devient rapidement confus. Sur qui peut-on se fier réellement?

Je ne condamnerai pas ici les sources d’information. Cependant en cette ère numérique, où les médias sociaux règnent en maîtres et leaders incontestés, une nouvelle peut faire le tour de la planète en quelques minutes voire quelques secondes. C’est génial, quand on pense qu’il y a environ cinq décennies, on ignorait parfois ce qui se passait réellement à l’autre bout du globe. Maintenant on sait tout, mais on sait comment? Et comment sait-on que ce qu’on sait est vrai? Oui, c’est génial de penser qu’une nouvelle peut faire le tour du monde en quelques minutes, mais c’est aussi vrai d’affirmer que la désinformation peut voyager, comme la nouvelle, à vitesse grand V. Lorsque vient le temps de rétablir les faits, les dommages causés sont irréversibles, et les victimes nombreuses.

L’information, il serait faux et naïf de le nier, est souvent teintée de subjectivité. En fait, la façon dont elle est diffusée dépend d’autant de facteurs qu’il est possible d’en nommer, qui vont de la mentalité d’un pays entier aux valeurs et principes des propriétaires de la chaîne de diffusion. Et malheureusement, l’objectif ultime –et parfois obscur– poursuivi est souvent tout simple : l’argent. La vente de copies, la fréquentation du site, le nombre de tweets, le nombre de personnes qui « aiment », ainsi de suite. La gloire. FAME.

Oui, l’impact de la désinformation est tel… Une manipulation des cerveaux, de l’opinion publique. Le web est une fantastique machine à rumeurs… et parfois destructrice.

Je vous mets au défi de me nommer des sources d’information fiables, à 110%. En attendant, je poursuis mes recherches, habitée d’un doute certain.

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Génération On-line

Lundi soir. J’écoute d’une oreille la télé quand soudain, interpelée par une publicité de Loto-Québec, je lève les yeux de mon écran d’ordinateur pour fixer celui de la télé.

La pub, c’est celle de Mise-o-jeu, qui invite les joueurs à parier sur le sport de leur choix en ligne. Le gars se promène dans les différentes pièces de sa maison en nous informant de sa vie, dont les moments déterminants semblent se passer sur le web. Rencontre de sa blonde sur le web, achat de sa voiture et de sa maison sur le web, etc.

Se dresse alors dans ma tête le constat suivant : je fais partie de la génération en ligne. Moi aussi, comme le gars de la pub, j’ai dégoté mon copain en ligne, j’achète en ligne, je lèche-vitrine en ligne, je m’informe en ligne, je compare en ligne, je planifie mes repas en ligne, je transactionne en ligne.

Aussi connectée que je puisse être au web, je me sens parfois déconnectée de la réalité. J’ai comme cette sensation de vide ou de peur de passer à côté de quelque chose. Je me parle à moi sur l’écran, aux autres, à vous. Tout ça, dans le confort de mon salon et avec tout son que celui qu’émet ma propre bouche.

Ça me fait me demander : est-ce que nous, génération en ligne, à passer trop de temps les yeux rivés à nos multiples écrans, n’oublions pas la vie? La vraie? Celle qui se passe en dehors de nos quatre murs.

Si la publicité de Loto-Québec avait pour but d’attirer l’attention de son public cible, c’est mission accomplie. Malheureusement pour eux, je ne parierai toutefois pas avec Mise-o-jeu. Je n’ai pas la main chanceuse. Et je préfère parier dans mes REER.

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