Être ou ne pas être multilingue : that is the question.

Dans une situation purement hypothétique où chaque personne, où qu’elle puisse se trouver dans le monde, aurait accès à un ordinateur et à Internet, ce blogue, s’il était rédigé en anglais, pourrait rejoindre potentiellement plus de 1,4 milliard de locuteurs anglophones, comparativement à 220 millions de locuteurs francophones. Ces chiffres excluent toutefois le nombre de personnes bilingues, qui ont une chance extraordinaire d’avoir accès à un savoir quasi-universel. Le bilinguisme, voire multilinguisme, en cette époque de mondialisation des échanges, est le plus cadeau que l’on puisse offrir à ses enfants.

Je vis dans un Québec déchiré profondément lorsque vient le temps de parler de la sensible question linguistique. La langue est un des nerfs de nos guerres depuis la première conquête en 1629, comme si une cohabitation harmonieuse était impossible. Et pourtant… Sincèrement, je ne comprends pas. I would kill to be perfectly bilingual! Le français, oui, est une langue belle, mais il l’est au même titre – désolée si ces propos blessent certains – que toutes les autres langues du monde. Qu’on se le tienne pour dit, ce qui est beau, à travers une langue, c’est que l’on réussisse à se comprendre à travers un ensemble unique de sons, de syllabes, de signes vocaux.

Et franchement, je crois que si certaines langues ne se sont jamais éteintes, c’est parce que leurs locuteurs avaient cette capacité de transmettre leur héritage linguistique à leurs descendants ou aux membres de leur entourage, de génération en génération. Ils avaient cette capacité aussi de nourrir autour d’eux ce goût de l’apprendre dans toutes ses subtilités et d’ensuite la communiquer avec fierté. Pourquoi donc rit-on souvent de ces gens qui la parlent trop bien? Pourquoi ne se dit-on pas plutôt qu’un jour nous serions si fiers de la parler ainsi, et de l’écrire toujours mieux. Cette peur de voir notre langue s’éteindre, je crois qu’elle existe non pas à cause d’un mépris et manque d’ouverture des différences culturelles mais plutôt à cause de cette peur de l’inconnu. On se replie sur soi-même. Le repliement et l’exclusion sont les causes des plus grandes pertes. Les solitudes ne sont jamais bien puissantes. C’est dans les pays du monde où il existe des ponts entre les cultures qu’il est possible de vivre dans l’harmonie et le respect.

Ma grand-mère est née aux Pays-Bas. Là-bas, dans les années 20, on enseignait aux enfants le néerlandais, l’allemand, l’anglais et le français. Huit décennies plus loin, dans le royaume, on parle toujours le néerlandais. C’est quand même extraordinaire quand on pense que ce petit état est entouré de l’Allemagne, de la Belgique et de la France. Qu’il existe 23 langues officielles dans toute l’Union européenne, dont il est membre. Il existe environ 28 millions de locuteurs néerlandais aux quatre coins du globe. Le néerlandais aurait bien pu disparaître.

Je suis fière de ma langue maternelle et je souhaiterais tellement qu’elle puisse rayonner davantage, qu’on donne le goût aux autres de l’apprendre. Mais je ne veux pas pour autant me replier sur moi-même. J’envisage mal mon avenir dans l’unilinguisme. La langue de Shakespeare me charme, elle chante à mes oreilles comme celle de Molière. Ses différents accents m’enchantent, ses mots me séduisent. Son vocabulaire est riche, si riche qu’il a influencé l’évolution d’autres langues. C’est un fait que les langues qui se côtoient se mélangent.

Je pense sincèrement que le sentiment, l’écharde douloureuse au cœur du grand débat linguistique que vit le Québec est la jalousie. Car la langue triomphante et langue des affaires – pourrait-on ainsi dire celle du pouvoir? – demeure l’anglais. Si je devais avoir des enfants un jour, je leur apprendrais à ne pas être jaloux. Je leur apprendrais avec passion et amour le français, mais je les encouragerais fortement à apprendre l’anglais, l’espagnol et toute autre langue qui pourrait susciter leur intérêt et serait susceptible de contribuer à leur donner les meilleures chances de réussir leur vie. Oui, ce serait une façon pour moi de leur ouvrir bien des portes au Québec, mais beaucoup d’autres dans le monde entier.

Ici, aujourd’hui, je souhaite être multilingue pour entendre le monde dans le creux de mes oreilles. Je ne renie pas mes racines, je construis mon avenir. Dans l’harmonie.

From Québec, with Love.

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