Archives mensuelles : juin 2012

Les bons, les méchants et le Québec

AVERTISSEMENT : Ce texte présente une vision des choses : la mienne uniquement.

Comme dans tout bon film d’action, le Québec a deux camps bien distincts. D’un côté, il y a les bons. J’ai cette vague impression qu’ils sont souvent socialistes ou « gauchistes ». De l’autre côté, il y a les méchants. Ce sont tous les autres : de centre, de droite, de centre-droite, de « je ne sais pas trop », de « je ne sais vraiment plus », d’un peu « ici et là ». Ils sont ces autres qu’on n’entend jamais ou que très rarement se plaindre parce qu’ils ont peur ou qu’ils trouvent que tout ce qui se passe en ce moment dépasse les bornes de la raison. Ces autres qui travaillent pour payer leurs taxes, leurs impôts, qui épargnent pour plus tard au cas où, qui rêvent bien sûr de gagner plus et qui savent que pour ce faire, eh bien, il n’y a pas de recette magique, il faut travailler davantage et faire des sacrifices. Ou être très chanceux, ça dépend.

Les bons, ils chialent toujours. Attendez, non, ils revendiquent ce à quoi ils ont droit. Si leurs parents ont eu ça, eux aussi le veulent. Peu importe que la société ait évolué dans une direction bien différente que celle d’autrefois, peu importe que sa santé financière ne lui permette plus les mêmes luxes qu’avant, peu importe les crises financières ou l’incertitude économique mondiale. Ils veulent ce que ceux d’avant eux ont eu, et ils veulent plus.

Ils ont droit de crier haut et fort, ils ont droit de cracher sur la main qui les nourrit, ils ont droit de perturber les activités économiques, ils ont droit de brimer la liberté de celles et ceux qui ne sont pas de leur camp et ils s’en foutent royalement. Lorsqu’ils parlent du droit à la liberté, c’est de la leur dont ils parlent, strictement, et pas de celles des autres. Ils se moquent et rabaissent ceux qui pensent différemment. La démocratie, elle n’est que pour eux. Ils n’écoutent pas non plus, pas plus qu’ils ne lisent, analysent et raisonnent. Non. Ils prennent ce qu’ils veulent et ils extrapolent, ils transforment et désinforment. Ils vont chercher dans le passé une contradiction avec le présent pour nuire et animer les débats, comme s’il n’existait en ce monde que des fous qui ne changeaient jamais d’idée. Ils ne se mettent pas à la place des autres. Ces autres qui se disent que oui, on aurait peut-être aimé que les droits de scolarité universitaires n’augmentent pas, mais a-t-on réellement ces moyens-là? Alors que le prix de tout, oui de tout, de l’essence, de l’épicerie, des vêtements, de l’alcool, du tabac, des véhicules, des produits hygiéniques en passant par les serviettes sanitaires taxables dont toutes les femmes ont besoin chaque mois au papier de toilette – et alouette – augmente irrémédiablement.

Ils ont droit de s’exprimer publiquement et d’être respectés pour les propos qu’ils tiennent. Nous sommes tous d’accord, pensent-ils, majoritairement. On n’en a rien à faire des bouchons de circulation, des vitrines éclatées. La révolution, il n’y a que ça de bon. Les policiers, tous des brutes. Puis lorsque les autres se disent « assez le silence » et qu’ils prennent leur courage à deux mains et décident qu’il suffit de taire leurs convictions pour demander, s’il-vous-plaît, un peu de bon sens, ils se font rabrouer. Pire, ils se font lyncher, humilier publiquement. Comme s’ils étaient des « sacs à merde ». Ils n’ont même pas le droit de faire partie de la solution, non plus qu’ils ont le droit de faire un appel à la raison. Ils n’ont pas droit au respect eux. Sinon, une petite menace mon pote? Tu aurais dû te taire et endurer.

Eh bien, moi, la méchante, j’en ai plus que marre d’endurer en me muselant par peur. D’être spectatrice de ce triste spectacle sans dire mot. J’en ai plus que marre d’être exaspérée en lisant le fil Twitter et les commentaires irrespectueux laissés sur les blogues d’éminentes personnalités publiques qui font partie du camp des autres, des je-ne-sais-plus ou des whatever. Je suis désolée d’avoir choisi le côté noir de la force. Je suis surtout triste de voir mon Québec, un milieu si privilégié lorsqu’on se compare à ailleurs dans le monde, passer pour une province en crise sociale à cause d’aussi peu que quelques centaines de dollars. Les bons, je ne les entends jamais se plaindre quand le prix de la bière augmente, quand le prix des cocktails augmente, quand le prix des cellulaires augmente, quand le prix des loyers augmente, quand le prix de l’internet haute vitesse augmente. Ils payent comme les autres et se taisent. D’un autre côté, je ne les entends jamais se trouver chanceux de vivre dans un endroit où les services de santé sont universels, où il y a des garderies à 7 $, où les couples qui éprouvent des problèmes de fécondité ont droit à leur chance, gratuitement, de procréer de façon assistée. Dans un endroit où si ce n’était des subventions généreuses du gouvernement, il n’y en aurait pas de films québécois qui s’exportent à travers le monde et qui vont fouler le tapis rouge du Festival de Cannes, pas de téléséries et de jeux télévisés québécois.

Parlons franchement. La gratuité n’existe pas. Nous avons décidé un jour, collectivement, de donner accès à tous à des services publics financés à même nos impôts et nos taxes. Je le répète donc, encore une fois, la gratuité n’existe pas. Tout a un prix.

J’en ai assez de cette éternelle insatisfaction typiquement québécoise, de ce nombrilisme. J’en ai assez de cette aversion, encore une fois typiquement québécoise, envers ceux qui réussissent ou qui sont riches. Félicitations à eux!

Ceux qui m’auront lu m’auront-ils entendu? Ou auront-ils tout simplement « capoté » à la lecture de chaque nouveau mot, de chaque nouvelle phrase et de chaque nouvelle opinion qui ne ressemblent pas aux leurs. Ou n’auront-ils entendu que l’écho de leur mécontentement et de leur désaccord. Sauront-ils faire la part des choses et considérer que j’ai mes raisons de penser ainsi, et qu’ils ont leurs raisons de penser autrement? Car oui, j’ai le droit de penser autrement et de vouloir être respectée. J’ai droit à mon opinion.

Parfois on gagne, parfois on perd. Parfois, il faut apprendre à mettre son égo de côté et reconnaître que les décisions qui sont prises par nos élus, même si on ne les comprend pas, même si on ne les accepte pas dans leur entièreté, sont légitimes et absolument appropriées. On se doit de relativiser. C’est comme ça la vie. Et dans les pertes comme dans les gains, on gagne incontestablement tous quelque chose. On avance!

On se retrousse les manches ensemble, dites? Faisons preuve de solidarité et d’optimisme. Aimons-nous les uns les autres…

N.B. Mes opinions n’engagent que moi. Oui, que moi.

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