Archives mensuelles : mai 2013

Ah la belle poche de patates !

C’est au terme d’une des plus trépidantes mais aussi terribles années de ma vie, ponctuée d’un printemps rouge, d’une perte d’emploi, de huit mois aux études sans temps d’arrêt, que j’en suis arrivée à une évidente conclusion : t’as engraissé ma fille… Nul besoin d’une balance pour me le dire. Ça se trouve là, juste entre la poitrine et les genoux, et il me semble que ça grouille à chaque saut. Pas facile d’être déprimée quand t’es une fille. Deux scénarios alors peuvent se produire : soit tu manges ta tristesse ou soit tu engloutis un tapis roulant. Dans mon cas, sans gym à portée de la main et à pied comme une chienne, je me suis réfugiée dans mon garde-manger, à grignoter toutes les graines de mes émotions.

Après quelques mois de déni à esquiver furtivement les miroirs et à me couvrir de noir, fut venu le moment de l’acceptation. RW&CO., un dimanche après-midi avec ma mère. Je sors de la cabine vêtue d’une jolie robe blanche. Ma mère, devant la vendeuse, me dit spontanément : « Je ne sais pas, tu aimes ça quand ça donne autant de volume là ? ». Moi de répondre : « Ben, le modèle est fait de même. C’est rétro… ». Elle de renchérir : « C’est juste que… t’es plus enveloppée qu’avant. Je t’ai déjà connue en meilleure forme. » Euh… pas besoin de vous dire que la messe s’est récitée toute seule dans ma tête à la vitesse de la lumière. En arrivant chez moi ce jour-là, je me suis promis que dès le moment où j’allais déposer mon dernier travail, ce mardi le 7 mai 2013, je chausserais le soir même mes Nike et j’irais courir ma vie.

Chaussures

Ma vie ! Eh bien parlons-en ! Elle n’a pas duré plus de 15 minutes de jogging accompagnées de 25 minutes de marche rapide. Déjà, le parcours avait commencé de façon pénible, au visionnement de ce pneu enrobant ma région abdominale. Que c’est ça ?!?! Exit les camisoles ajustées et bonjour le t-shirt ample de mon chum. « T’as l’air d’une geek qui va courir ! » Merci chéri, tu me rassures. Puis il y a eu le moment fatidique, quand après 10 minutes de réchauffement, j’ai tenté ma première foulée. C’est qu’elle est raquée la fille. Mon corps a commencé à se muer comme celui d’un éléphant. Comme si mes genoux absorbaient chacun un choc d’une demi-tonne. Comme si mes poumons allaient éclater. De l’air ! De l’air ! Je n’ose même pas imaginer comment peuvent se sentir les gens souffrant d’un surplus de poids lorsqu’ils décident de se prendre en main. Je souffre avec eux. Moi, je me sentais telle une poche de patates. À l’évidence, ce ne serait pas le 7 mai que je courrais ma vie.

Ainsi, en un an, comme un grain de popcorn, j’ai le sentiment d’avoir éclaté. Je suis passée de la shape « fit » à la shape « semi-molle ». Le pire dans tout ça, c’est la trentaine. La trentaine et l’irrémédiable ralentissement du métabolisme… et aussi peut-être un petit peu de boulimie de compensation. Je ne suis pas la première ni la dernière à passer par là. Les rues ont vu neiger. Vivement le retour à un équilibre.

En attendant, je suis retournée courir ma vie ce soir. J’y retournerai demain. Un jour à la fois, une patate de mon sac s’en ira.

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