Archives mensuelles : août 2014

Après les carrés, voilà encore du rouge

À l’intersection de ma rue, à quelques pas seulement de mon chez-moi bien tranquille à Anjou, un tout petit poste de police veille au grain. Il y a quelques jours, dans la marée montante de frustrations concernant la révision des régimes de retraite, ou le fameux projet de loi numéro 3, les fenêtres de ce lieu qui semble d’ordinaire inhabité ont été couvertes d’une myriade d’autocollants rouges, de même que l’ensemble de la flotte de véhicules de patrouille.

Réaction : j’ai figé sur le trottoir, ma mâchoire est tombée, j’ai levé les yeux vers le ciel, puis j’ai vu rouge. Pas encore du rouge… J’en ai marre du rouge… Qu’est-ce qui leur a pris? Ce poste leur appartient-il? Et toutes ces voitures? De quel droit osent-ils se les approprier comme instrument pour manifester, alors que ces lieux et outils sont payés par la population chèrement taxée. Ces policiers n’ont rien volé, soit, ils peuvent bien aussi porter le pantalon cargo, mais qu’en est-il du respect de leur mission fondamentale d’assurer l’ordre public, de protéger le bien public? Bien dommage pour eux, mais ces étiquettes, cette forme de pollution visuelle, sont autant de raisons pour lesquelles les forces policières perdent de la crédibilité. Qu’ils ne s’étonnent pas du peu d’empathie à leur égard. À leur place, je serais gênée de poursuivre sur la route un conducteur en faute dans un véhicule enseveli sous les autocollants. Comment appréhender quelqu’un quand on a soi-même fait quelque chose de répréhensible? Ce vandalisme est inadmissible, ce comportement est irresponsable.

Il existe assurément des façons de manifester son mécontentement qui n’impliquent pas d’altérer les biens qui appartiennent au domaine public, de couper les services ou de nuire à leur bon déroulement et de paralyser ainsi la population. Après des années à revendiquer, les syndicats semblent ne pas avoir encore trouvé une façon intelligente de le faire. Pour l’intelligence on repassera. Mieux vaut recourir aux bonnes vieilles méthodes de brute. Et tant pis pour les dommages irréversibles causés à l’image des professions qu’ils défendent… supposément.

Je rêve du jour où les syndicats réaliseront qu’ils ne gagnent personne à leur cause en agissant de cette façon. De ce jour aussi où ils éduqueront leurs membres sur ce qu’est la réalité, où ils comprendront et appliqueront le principe, si simple et incontournable, d’équité intergénérationnelle. Ça, c’est la solidarité. Une solidarité envers ceux qui succèderont et qui devront faire les frais pour les erreurs passées. L’État providence n’est plus, le temps du Me, Myself and I non plus, la limite de nos marges et cartes de crédit collectives a été dépassée des milliers de fois. Il est minuit moins une avant une éventuelle et possible débâcle des fonds publics. Assez, avec le crédit. Il faut impérativement repenser les choses, les adapter afin que les jeunes travailleurs ainsi que les générations futures puissent jouir, eux aussi à leur façon, d’une vie confortable… et peut-être d’une retraite avant 70 ans. C’est ça, l’évolution.

En attendant, monsieur Coderre a bien raison. Ces syndicats, ils méritent de payer la facture, quelle qu’en soit le prix.

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Les étoiles filantes de Hollywood

Certains disent que ce sont les étoiles les plus brillantes qui s’éteignent en premier. Je croyais à un poisson d’avril hier lorsque j’ai appris que Robin Williams avait décidé qu’il en était assez de la vie. J’ai alors repensé à toutes les œuvres cinématographiques dans lesquelles il avait brillé, à toutes les entrevues où il m’avait fasciné, particulièrement celle-ci, dont voici un extrait, à l’Inside the Actors Studio :

Vous riez, n’est-ce pas?

Multidisciplinaire, Robin Williams l’était. Un génie, et c’est sans doute pourquoi on lui avait donné ce rôle dans Aladdin. Il savait ravir tant les cœurs d’enfants que les cœurs des grands. Il n’y avait qu’à l’écouter parler quelques secondes pour développer rapidement l’envie de se laisser transporter dans ses histoires et d’y croire, et être touché par ses discours. Impossible de réprimer un fou rire ou des larmes. J’en étais venue à éprouver beaucoup de tendresse pour ce grand personnage au cœur et à l’âme tourmentés. La tourmente semble un fléau bien présent et enraciné dans la communauté artistique, où les étoiles s’éteignent trop vite.

Souvent, on oublie la fragilité de ces gens naturellement sensibles qui ont choisi de consacrer leur vie aux arts et au jeu. On envie leur gloire, leur célébrité et leurs acquis; on s’abreuve de leur quotidien par les ragots qui parfois leur font mal ou leur font vivre une véritable descente aux enfers. On jalouse leurs réussites; on se délecte de leurs défauts, de leurs impairs, de leurs échecs et de leurs dépendances. On en vient parfois à éprouver peu de sympathie pour les humains bien imparfaits qu’ils sont et qu’ils ont le droit d’être, peu de compatie pour leurs épreuves et leur détresse, parce qu’ils semblent tout avoir ou disposer de tout pour s’en sortir. Comme si on tenait pour acquis qu’avec ce tout le bonheur était compris. Absurde. Et après, lorsqu’ils sont peu conciliants à l’égard des parasites médiatiques, on les condamne… ils n’avaient qu’à choisir un autre métier s’ils souhaitaient protéger ce qui se passe dans leur chambre à coucher. Mais depuis quand artiste rime-t-il avec proie? Bien chanceuses sont ces vedettes qui réussissent à garder un équilibre et un semblant de normalité dans leur vie, sans avoir à geler, par un quelconque moyen, leur quotidien.

Nul doute que personne n’oubliera la voix aux mille et une facettes, les éclats de rire retentissants, le regard pétillant et bienveillant, la sublime folie, la séduisante vulnérabilité, la belle âme de cet improvisateur né, tant comique que dramatique, Robin Williams. Pour ma part, je n’oublierai jamais son interprétation touchante dans le chef-d’œuvre visuel What Dreams May Come, une ode particulière à la vie. Dans son immense et incontrôlable tourmente, je lui souhaite que ce soit là, à l’autre bout du tunnel où la lumière ainsi que les couleurs brillent, et où l’espoir abonde, qu’il soit allé se réfugier. Comme le génie, il avait besoin de se libérer de ses chaînes.

Monsieur Williams, vous allez nous manquer.

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