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Un an déjà…

Oma à Amqui

La vie est trop courte. Aimons-nous.

Chère Oma,

Il y a un an jour pour jour, tu nous disais au revoir dans un dernier souffle libérateur. Après 10 années de vie conjointe avec la terrible maladie de Parkinson, après de trop nombreux séjours à l’hôpital, c’en était assez. Il était 22 h 08, le 15 janvier 2015.

Je me souviendrai à jamais du jour où, arrivée chez toi pour notre petit café-causette hebdomadaire, tu m’as annoncé le diagnostic. Tu m’as dit : « Au moins maintenant, je sais ce que j’ai. » Je me rappelle n’avoir pas trouvé de mots, en tout cas, pas les mots justes à dire, dans les circonstances. Avant ce jour-là, on se disait que c’était peut-être juste ton arthrose qui faisait des siennes, une blessure mal guérie à la suite d’une mauvaise chute. Ce jour-là, il n’y avait que le silence, un silence lourd, rempli de tristesse, de peur et d’incertitude. C’était la première fois où je te sentais vulnérable, toi, ma grand-mère si forte, qui avait connu la guerre en Hollande, l’amour avec un jeune soldat canadien, l’immigration vers l’inconnu, puis tous les aléas de la vie dans la Côte-Nord jusqu’à ta retraite tellement heureuse à Québec. Qu’allait-il se passer?

Oma et les enfants à la plage

Nous avons vécu, chacun à notre façon, ces 10 années de maladie à tes côtés. Je sais, pour ma part, qu’il y a des moments où je l’ai acceptée, d’autres moments où je l’ai détestée littéralement. J’ai pensé souvent, furieuse, qu’elle t’avait enlevé à nous. C’était injuste. Le Parkinson a été ta prison. De nombreuses fois, j’ai quitté ta chambre le cœur gros, surtout les fois où j’entrevoyais dans ton regard une pensée si claire, qui t’était toutefois trop difficile à traduire en une suite de mots cohérents. Alors, je prenais ta main froide aux longs doigts fins, je laissais le temps passer et j’essayais parfois de te faire sourire avec mes histoires de chats. J’aurais tant voulu qu’il existe un moyen de ne te laisser jamais seule. De garder plus souvent ta main dans la mienne. Notre rythme de vie effréné et notre modèle de société sont ainsi faits que l’on passe parfois à côté des choses les plus importantes : prendre le temps d’être là les uns pour les autres et s’aimer.

Depuis ton départ, pas un seul jour ne s’est écoulé sans que je pense à toi. Je suis encore triste, tu sais. Tu n’es plus là, et en même temps j’ai comme le sentiment étrange que tu es toujours parmi nous. Je t’ai souvent dit, dans tes cartes d’anniversaire, qu’il y avait une place spéciale pour toi dans mon cœur. Aujourd’hui, je me dis que c’est peut-être parce qu’une petite partie du tien bat encore à travers le nôtre. Et puis il y a les souvenirs, des souvenirs merveilleux, qui ne meurent jamais.

Oma et son petit chapeau

Depuis un an, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le monde vit des épisodes de violence indescriptibles et incompréhensibles. Pourtant, all you need is love. C’est fou, on prend parfois tellement de temps à se détester, qu’on oublie de prendre le temps de juste s’aimer. La politique, il n’y a pas grand-chose à dire sauf plus ça change, plus c’est pareil. Tu décrocherais assurément un bon nombre de « Crape! », si je te contais tout ce qui arrive. La température, eh bien, tu aurais été contente que l’hiver se pointe le bout du nez aussi tardivement. Le satané vent du sud-ouest ne nous a pas encore trop glacé le sang. Dominic et moi avons acheté notre première maison. Tu l’aimerais, tu la trouverais simple, coquette et lumineuse. Tu me trouverais folle par contre de me taper autant de temps en transport en commun. Je te répondrais que je n’étais plus capable de la vie en appartement, que je voulais la sainte paix des voisins bruyants ou grognons! Et que oui, je suis un peu folle. Si tu étais encore là, je t’amènerais, dans la douce fraîcheur du printemps, te promener sur l’Île-des-Moulins. J’y suis allée avec Maman la veille de Noël et on se disait toutes les deux que tu aurais adoré l’endroit. En été, on aurait piqueniqué, comme on le faisait sur les plaines. On aurait admiré les bernaches, les hérons et les petites loutres qui se font griller sur les roches au bas du barrage. Je t’aurais raconté mes tourments, et tu m’aurais écoutée en silence comme tu le faisais chaque fois. De temps en temps, tu m’aurais remise à ma place. Tu m’aurais dit de lâcher la télé, mon fichu cellulaire, les médias sociaux, toutes ces futilités pour me concentrer sur le vrai. D’arrêter de m’en faire. Et tu aurais eu raison comme toujours. Nous, les jeunes d’aujourd’hui, on a la carapace pas mal plus molle qu’à ton époque. On se regarde un peu trop le nombril, on se contemple beaucoup dans le miroir, on se fait les propres réalisateurs de nos souvenirs en prenant des tonnes et des tonnes de photos vides de spontanéité au lieu de juste profiter du moment présent, et à travers notre recherche du bonheur, de la réussite professionnelle et de la vie parfaite, on passe parfois à côté de l’essentiel. Ta sagesse me manque.

Tu nous manques. Mais on se réconforte en se disant que, quelque part dans l’univers, tu es libre et heureuse, tes yeux brillent, tu as retrouvé ton sourire taquin et ton esprit vif, tu en essouffles plusieurs avec tes marches rapides et tu prends une pause de temps en temps pour voir ce qui se passe en bas.

Je remercie la vie de t’avoir eue. Tu auras été un de mes plus beaux et précieux cadeaux. Je t’aime.

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