Intimidante intimidation

Pas toujours facile d’agir en bon citoyen respectueux lorsque la compréhension de la notion de respect n’est pas réciproque. J’ai entendu, comme sans doute plusieurs d’entre vous, nombre d’appels au respect alors que la seconde d’après, leurs requérants bafouaient cette valeur de façon scandaleuse. La présente campagne électorale nous a d’ailleurs présenté une pluie d’exemples…

Le manque de respect, tenons-nous le pour dit, c’est une forme d’intimidation. Hier matin, au volant de ma voiture, j’en ai été victime, me suis vengée, et en ai été victime à nouveau. J’ai eu ma leçon, et non, je ne suis pas une enragée au volant, quoique j’ai la mèche un peu courte et qu’une petite goutte fait rapidement déborder le vase.

Chaque jour, je réalise à quel point certains conducteurs (gars ou filles sans distinction) s’approprient la route pour eux seuls, habités d’un esprit mesquin ou d’un manque flagrant de savoir-vivre, ou encore vivant un gros power trip. « Enyoye la ‘tite madame, tasse-toé de mon chemin! » « Pépé, pèse sur le champignon ou r’tourne à’ maison! » « Ça doit être une fille dans la trentaine, les filles dans’ trentaine, ça sait pas conduire! » « Check-là, check-là, elle capote (suivi d’un gros rire gras transpirant la testostérone et la petitesse d’esprit)!! » Alors donc, hier matin, je suivais un camion de marchandise qui en dépassait deux autres à 105 km/h quand tout à coup a surgi un gros VUS Ford blanc dans mon rétroviseur arrière. Je pense que s’il avait pu faire corps avec ma voiture, m’engloutir et même m’emboutir, il l’aurait fait. De la pure intimidation. Le cœur battant, parce que oui c’est stressant voire insultant de se faire coller le pare-choc arrière de cette façon, je me suis empressée de dépasser le camion après qu’il se soit tassé dans la voie de droite, à une vitesse pas mal trop élevée. Eh bien le frustre (colon en bon français québécois) en arrière, est resté collé au derrière de ma voiture jusqu’à ce que je retourne dans la voie de droite. Ai-je besoin de vous dire que j’avais drôlement envie de l’envoyer promener? C’est ainsi que, non contente de voir ma journée assombrie par ce rustre conducteur, je me suis aéré le majeur. Oui, ça m’arrive.

Me dépassant à environ 145 km/h, le goujat a soudain ralenti brusquement. Une réaction que je n’avais pas anticipée. J’ai alors ralenti, il a ralenti encore jusqu’à ce que nous conduisions côte à côte pendant quelques secondes, tout ça après qu’il m’eut bien maté le derrière. J’ai donc fait l’innocente. J’ai fixé la route et il a finalement repris sa vitesse de course, probablement parce que ma vitesse de croisière n’était pas assez rapide pour son gros Ford blanc rutilant. Quelques centaines de mètres plus loin, je l’ai vu faire la même chose à un autre automobiliste… Et probablement qu’il a répété son geste encore et encore jusqu’à son point d’arrivée, parce qu’il a besoin d’écoeurer le bon peuple pour se prouver à lui-même que sa vie n’est pas si merdique que ça. Get a life mon homme…

Certaines personnes ne devraient pas conduire. Ils sont des dangers publics, ils causent des accidents et dans plusieurs cas, ce sont eux qui tuent souvent des innocents qui, serait-ce par malheur (?), ont suivi prudemment le code de la route. Leur conduite est intimidante, irrespectueuse et méprisante. Quel est le prix de leurs quelques minutes gagnées comparativement au prix de la vie d’autrui?

Je vous laisse sur cette vidéo percutante captée par une conductrice qui s’est trouvée dans la même situation… Et disons que l’arroseur a été largement arrosé.

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Montréal métro

Je suis née à Chicoutimi, déménagée à 20 ans dans la capitale nationale, puis l’été dernier, pour des raisons professionnelles, j’ai décidé de faire le grand saut dans la métropole. À 33 ans, j’avais l’impression que cette décision marquerait un tournant important de ma vie. Je suis arrivée ici comme certains arrivent à New York, la tête pleine de rêves et les poches remplies de cet espoir me laissant croire qu’ici tout est possible.

Montréal. Le rythme est rapide, les trottoirs et lieux publics sont bondés, le trafic est très dense et constant, il y a un bourdonnement continuel, chaque seconde compte, on se fait souvent et froidement bousculer, et rapidement on se sent devenir un automate qui se fond tous les matins dans la masse pour aller travailler. Métro, boulot, dodo.

Dodo. Dans ma petite ville de Chicoutimi – oui, une ville, même si pour certains, plus de 50 000 habitants, ça ne mérite guère plus qu’une appellation de village où l’on ne trouve qu’une rue principale, quelques rangs et des champs –, on ne voyait pas la pauvreté. Il y avait bien quelques quartiers moins cossus, mais à moins de passer par là ou de demeurer dans le coin, il n’y avait pas vraiment, ni à l’école ni ailleurs, de réels indices que la pauvreté existait. J’y dormais la conscience tranquille, en toute innocence.

Boulot. Dans mon grand village de Québec, c’était quelque peu différent. Il y avait, ici et là, par exemple sur la rue Saint-Joseph ou Saint-Jean, au désinstitutionnalisé terminus Beauport, quelques cas plus lourds. Je me souviens, entre autres, d’avoir croisé à plusieurs reprises trois personnages fascinants dans le bus me menant de mon appartement au travail. Un lisait de façon systématique et maladive sa version de poche du Nouveau Testament. Il le faisait parfois à voix semi-haute, en se balançant presque toujours la tête. Probablement qu’il ne l’avait pas toute, sa tête. Une se parlait toute seule, elle se contait des histoires fascinantes, et parfois entretenait une conversation à sens unique avec le chauffeur d’autobus. Je me souviens qu’il y avait souvent un soupir de soulagement général lorsqu’elle sortait du bus, souvent à l’arrêt au coin de Cartier et de René-Lévesque. Enfin, le troisième, j’en ai déjà eu peur. Peur qu’il éclate et qu’il devienne violent. Mais probablement qu’il refoulait simplement sa frustration de la vie et de toutes ses aberrations, et que sa seule façon pour l’expulser, c’était en récitant une véritable messe de mots sacrés. Troublant. Encore là, dans ce grand village, il y avait bien quelques quartiers moins cossus et plus populaires. J’y dormais toutefois tranquillement, mais la conscience allumée.

Métro. Dans ma grande métropole montréalaise, comme des milliers de gens dispersés dans les mille et un recoins de cette grande île tentaculaire, je prends tous les matins le transport en commun pour me rendre au centre-ville travailler. Et je ne m’habitue pas. Du moins pas encore. C’est que parfois, à travers la fenêtre du wagon dans lequel je suis, je vois une personne qui a trouvé un refuge et le sommeil sur un des bancs d’une station. Puis il y a deux jours, il y avait une personne couchée sur le sol souillé juste au bas des escaliers. Difficile de croire qu’elle avait réussi à trouver le sommeil dans tout ce brouhaha. Ils sont dispersés ainsi sur le sol et les bancs, comme des vieux mouchoirs que l’on ne veut plus éparpillés au fond d’une poubelle. Puis il y a ceux qui jouent de la musique dans les tunnels et qu’on évite du regard. Et il y a ces deux hommes qui vendent aussi tous les matins aux stations Honoré-Beaugrand et Square-Victoria leurs exemplaires du journal L’Itinéraire, ce gars à la station Berri-UQAM qui, une main tendue, nous ouvre la porte de l’autre pour que nous traversions du côté de la gare en nous souhaitant toujours le bonjour ou le bonsoir en échange d’un peu d’espoir, tous ces autres gens qui errent dans les corridors à la recherche d’un peu de monnaie pour faire la différence. L’indifférence…

Bref, je ne m’habitue pas à ça. À continuer mon chemin dans une apparente indifférence à la misère, le cœur triste, le regard vide et honteux tourné vers le sol, le corps perdu à travers une masse géante d’individus marchant tous au même rythme, semblable à un troupeau d’automates. Et comme les trois petits singes : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

Si certaines villes parviennent à bien intégrer leurs plus démunis, Montréal, la grande, la belle, avec ses tours magistrales, mais aussi avec ses monstrueux viaducs, ses horribles et dangereux nids-de-poule, ses superficies vacantes de plus en plus rares, ses loyers au prix exorbitant, ses condos de plus en plus nombreux et si chers que même une famille au revenu moyen peine à payer, semble ne pas y arriver. Je dors maintenant la conscience troublée.

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Histoires de c*

Certains penseront que je profite de la seule fête de l’année pouvant avoir un caractère osé pour vous entretenir de faits olé olé. Petits voyeurs, je ne suis pas aussi coquine… Il faut quand même se garder une petite gêne, non ?! Alors de quoi pourrais-je bien vous parler ? Eh bien de fesses. Quel meilleur moment que la Saint-Valentin pour en parler !

Vendredi dernier, en sortant de mon nouveau lieu de travail situé à Place Victoria, je décide d’affronter le froid hivernal et de me rendre à pied vers la rue Sainte-Catherine. J’étais bien loin de me douter de l’intensité des courants d’air qui trottent férocement à travers les tours du centre-ville montréalais. Comme à mon habitude, je portais une robe…

Arrive un gars qui se met à me parler spontanément. « Bonjour ! Il fait froid, non ?! » Je lui réponds sèchement « Oui », agacée de cette intrusion dans ma bulle. Il renchérit : « Vous savez, votre robe, elle lève à chaque coup de vent. On voit T-O-U-T ! » Son constat était très senti. Si mon sens de la répartie n’avait pas trop été gelé, je lui aurais sans doute répondu l’une des phrases suivantes :

  • Avec quelques clins d’œil : Vous en avez de la chance !
  • Avec un air à moitié suffisant : Vous avez aimé ce que vous avez vu ?
  • Avec enthousiasme : Il y a beaucoup à voir, non ?
  • Avec un air déprimé : Il n’y a pas grand-chose d’intéressant à voir…
  • En chantant : Les fesses, les fesses, qu’on les aime, qu’on les aime pas, si y’en avait pas, on s’rait pas là !

Plutôt perplexe, je ne lui ai cependant répondu qu’un bête « Ah… », avec toute la longueur du « a » des « la la » du maire de Saguenay, avant de m’éloigner prestement, les mains collées aux fesses…

Ça m’a fait repensé au printemps dernier, lors de ma dernière session à l’Université Laval. J’avais revêtu l’une de mes robes préférées pour me rendre à mon cours. Je suis sortie de mon appartement comme à l’habitude, sac sur le dos, bourse sur l’épaule. En marchant d’un pas rapide et assuré sur le trottoir bordant le chemin des Quatre-Bourgeois, je me rends compte que piétons et automobilistes me regardent, de façon assez persistante. Méfiante, je commence à faire l’examen de mon habillement, pour trouver ce qui clochait. Tout juste arrivée à l’entrée du petit sentier traversant le campus jusqu’à mon pavillon, je me rends compte qu’une partie de ma robe est prise dans mes bas de nylon transparents, dévoilant ainsi une partie de mon derrière. Une bonne en plus. Il y avait quoi, au moins 0,5 km de chez moi à où j’étais rendue ! Atterrée, j’ai pouffé de rire. Je me suis bien retenue de rire aux larmes pendant mon cours, gloussant pendant trois heures ici et là, en pensant à tous ceux qui m’avaient croisée et qui s’étaient probablement dit, le sourire en coin : « Regarde la pouffe, elle se promène les fesses à l’air ! » Tant mieux si j’ai pu saupoudrer un peu de joie dans le sérieux de la vie. Le ridicule ne tue pas, il rend juste moins parfait, plus humain, quoi !

Alors voilà, depuis la semaine dernière, j’ai malgré tout porté des robes tous les jours. Mes mains demeurent cependant toujours prêtes à répondre à chaque coup de vent. Je ne suis quand même pas Marilyn Monroe… ni même d’ailleurs JLo.

Ah, si les fesses parlaient. Les miennes diraient assurément qu’à force d’endurer le supplice de la chaise qu’impose le travail de bureau, elles ont parfois besoin de prendre l’air.

Joyeuse et heureuse Saint-Valentin ! Beaucoup d’amour à tous, de votre chum, ou de votre blonde, ou de vos parents, ou de vos enfants, ou de vos pitous, ou de vos minous, ou alouette…

Et pour celles et ceux qui n’en ont pas assez entendu sur les fesses, je vous laisse sur ce magnifique morceau d’un quatuor vocal français, les Frères Jacques.

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Cani•cul•e

Étymologie : Emprunt au latin canicula, substantif féminin, diminutif de canis, proprement « petite chienne » terme d’astronomie. (Source TLFi)

Il était trois heures du matin. J’étais couchée depuis quatre heures, incapable de m’endormir. Flanc droit, flanc gauche, dos, ventre, rien à faire. Aucune position ne me procurait le confort tant recherché, cela malgré un ventilateur faisant presque corps avec moi et l’air conditionné fonctionnant à plein régime. « Petite chienne » de canicule, transformant mon appartement, et du même coup mon bureau, en îlot de chaleur, en véritable fournaise. Enlevez « cani » ainsi que le « e » final et se trouve l’adjectif que je prendrais pour qualifier ce temps de… Je ne l’endure pas, je ne m’endure plus.

Au thermostat électronique de mon grand 5 ½, je lis entre 34 et 36 degrés depuis deux jours. Mes cheveux sont indomptables, mon cerveau fait la grève, mon système digestif paresse, mon corps est flasque, ma peau collante. Je me meus au rythme d’un escargot. Chaque mouvement déclenche une réaction en chaîne de chacun de mes pores qui pleurent de douleur. J’aurais le goût de fermer boutique et de partir en croisière en Alaska. Hier, prise de nausées interminables et d’un malaise profond jamais ressenti auparavant, j’ai plongé portable et papiers dans mon sac et j’ai décidé de venir me réfugier dans ce qui serait mon oasis à moi, pendant ces jours de canicule qui me font maudire le soleil et Sirius. En arrivant aux Galeries d’Anjou, j’ai cru comprendre que je n’étais pas la seule à avoir eu cette idée.

« C’est l’été Marjo, arrête de chialer ! ». Non, ce n’est pas l’été. À 23 degrés c’est l’été, à 25 degrés c’est l’été, à 32 degrés sans facteur humidex (et je ne veux même pas savoir ce que ça donne), ce n’est plus l’été, c’est l’enfer. Je regrette soudain amèrement mon petit appartement de sous-sol climatisé. Appart de Québec 1, appart de Montréal 0. Sérieux ! Il est où le plaisir cette semaine, à moins d’être l’heureux propriétaire d’une thermopompe, d’un sous-sol et d’une piscine ? Capricieuse, moi ? Non, la chaleur peut tuer. Et ce n’est pas moi qui le dit, c’est entre autres Marie-Claude Lortie, dans une chronique du jour fort à propos.

Je pense à une ancienne collègue, qui déteste l’été. Pour ma part, j’ai déjà hâte d’enfiler des collants, un chandail en tricot et un manteau léger. De déambuler dans les rues d’une métropole tempérée, où quelques courants d’air frais viendraient activer la circulation sanguine de mes joues et me revigorer.

Tiens, il pleut, le ciel gronde. Semble-t-il que ça le fait suer lui aussi cette chaleur-là…

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