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Après les carrés, voilà encore du rouge

À l’intersection de ma rue, à quelques pas seulement de mon chez-moi bien tranquille à Anjou, un tout petit poste de police veille au grain. Il y a quelques jours, dans la marée montante de frustrations concernant la révision des régimes de retraite, ou le fameux projet de loi numéro 3, les fenêtres de ce lieu qui semble d’ordinaire inhabité ont été couvertes d’une myriade d’autocollants rouges, de même que l’ensemble de la flotte de véhicules de patrouille.

Réaction : j’ai figé sur le trottoir, ma mâchoire est tombée, j’ai levé les yeux vers le ciel, puis j’ai vu rouge. Pas encore du rouge… J’en ai marre du rouge… Qu’est-ce qui leur a pris? Ce poste leur appartient-il? Et toutes ces voitures? De quel droit osent-ils se les approprier comme instrument pour manifester, alors que ces lieux et outils sont payés par la population chèrement taxée. Ces policiers n’ont rien volé, soit, ils peuvent bien aussi porter le pantalon cargo, mais qu’en est-il du respect de leur mission fondamentale d’assurer l’ordre public, de protéger le bien public? Bien dommage pour eux, mais ces étiquettes, cette forme de pollution visuelle, sont autant de raisons pour lesquelles les forces policières perdent de la crédibilité. Qu’ils ne s’étonnent pas du peu d’empathie à leur égard. À leur place, je serais gênée de poursuivre sur la route un conducteur en faute dans un véhicule enseveli sous les autocollants. Comment appréhender quelqu’un quand on a soi-même fait quelque chose de répréhensible? Ce vandalisme est inadmissible, ce comportement est irresponsable.

Il existe assurément des façons de manifester son mécontentement qui n’impliquent pas d’altérer les biens qui appartiennent au domaine public, de couper les services ou de nuire à leur bon déroulement et de paralyser ainsi la population. Après des années à revendiquer, les syndicats semblent ne pas avoir encore trouvé une façon intelligente de le faire. Pour l’intelligence on repassera. Mieux vaut recourir aux bonnes vieilles méthodes de brute. Et tant pis pour les dommages irréversibles causés à l’image des professions qu’ils défendent… supposément.

Je rêve du jour où les syndicats réaliseront qu’ils ne gagnent personne à leur cause en agissant de cette façon. De ce jour aussi où ils éduqueront leurs membres sur ce qu’est la réalité, où ils comprendront et appliqueront le principe, si simple et incontournable, d’équité intergénérationnelle. Ça, c’est la solidarité. Une solidarité envers ceux qui succèderont et qui devront faire les frais pour les erreurs passées. L’État providence n’est plus, le temps du Me, Myself and I non plus, la limite de nos marges et cartes de crédit collectives a été dépassée des milliers de fois. Il est minuit moins une avant une éventuelle et possible débâcle des fonds publics. Assez, avec le crédit. Il faut impérativement repenser les choses, les adapter afin que les jeunes travailleurs ainsi que les générations futures puissent jouir, eux aussi à leur façon, d’une vie confortable… et peut-être d’une retraite avant 70 ans. C’est ça, l’évolution.

En attendant, monsieur Coderre a bien raison. Ces syndicats, ils méritent de payer la facture, quelle qu’en soit le prix.

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